LA PEUR DANS L’AME (les Badjos d’Indonesie)

Echoués sur des milliers de kilomètres, les Badjos sont les derniers témoins des vagues de migrations millénaires venant de l’Asie septentrionale. Aux origines mystérieuses, des hypothèses sont avancées par les ethnologues sur l’existence d’un gigantesque tsunami datant de plus de 1 000 ans. La dispersion de ce peuple aux origines terriennes fut irréversible. Le mystère reste entier, entretenu par une culture qui interdit aux Badjos d’Indonésie de raconter leur origine ; seul le chamane détient ce pouvoir. Surnommé «les gitans de la mer», le peuple Badjo conserve un domaine physique exclusivement marin.   Depuis ces vingt dernières années, ces nomades de la mer, attirés par un certain confort de vie, sont venus en masse coloniser des îlots volcaniques. L’eau potable, l’électricité (uniquement le soir), une mosquée, parfois une école et un dispensaire les ont convertis au sédentarisme. Une acculturation programmée par le gouvernement indonésien qui a la lourde tâche de réunir ce patchwork ethnique sous un seul drapeau et dans une seule constitution. Cette connexion avec le monde est pour les Badjos une première phase, toujours dans l’isolement de ces contrées insulaires. En raison de cette crainte ancestrale permanente, d’irréductibles fils de la mer ont conservé leur mode de vie traditionnel : le nomadisme.  La coutume ancrée dans la vie de ce peuple de la mer, la peur dans l’âme, s’effiloche dans une sédentarisation massive plaçant le peuple Badjo au rang des citoyens indonésiens. Malgré leur isolement, la mondialisation atteint ces bouts de mer… La pression de commerçants peu scrupuleux entraîne la diminution des ressources halieutiques et corrompt ce peuple de la mer destructurant tout un pan de leur société… Combien de temps encore, le sillage de ces dernières «leppas» viendra-t-il troubler la plénitude des eaux turquoises de ces lagons ?